L'homosexualité : facile à vivre ?

15 06 2009

Dossier publié dans l’Orne Hebdo du 26 mai…

À Alençon et dans l’Orne
L’homosexualité, facile à vivre ?
L’homosexualité fait parfois l’objet de débat sur des questions de société. Et, l’homophobie est encore aujourd’hui la cause de sordides faits divers. Qu’en est-il à Alençon ? Le point avec Lætitia Bourdot, présidente d’Orn’en ciel, et quelques adhérents.
L’homophobie est-elle présente à Alençon ?
Notre association est très bien vue ici. Elle a été particulièrement bien accueillie, tant par les Alençonnais que par les institutions. La municipalité nous apporte d’ailleurs un soutien technique, et bientôt financier, nous l’espérons. Mais, malheureusement, l’homophobie existe partout, et, si elle n’est pas toujours frontale, elle est parfois plus insinueuse. C’est ce qu’on appelle l’homophobie ambiante. Certaines personnes se disent très ouvertes sur la question, mais s’il s’agit d’un membre de leur famille, alors là c’est différent ! Il y a aussi certains employeurs qui discriminent les homosexuels. Mais jamais de manière franche.
Dans quel but a été créée l’association
?
L’objectif d’Orn’en ciel est d’accueillir les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels, et leurs proches afin de lutter contre l’isolement. Mais aussi mettre en place des activités conviviales comme des randonnées, des sorties accrobranches, du kayak… Nous informons également et agissons pour la prévention du sida et des maladies sexuellement transmissibles. La lutte contre l’homophobie est aussi au centre de nos préoccupations. En ce sens, nous avons participé à la journée mondiale contre l’homophobie, le 17 mai dernier, en projetant le film « Harvey Milk », et en accueillant Michel Navion, représentant national de l’association « SOS homophob
ie ».
Avez-vous, au sein de l’association, des personnes qui vivent mal leur homosexua
lité ?
La plupart des adhérents l’assument complètement. Mais, depuis trois ans que l’association existe, j’ai vu passer de nombreux parents d’enfants homosexuels. Le fait qu’ils fassent la démarche de venir à notre rencontre est déjà signe qu’ils ne rejettent par leur enfant. En revanche, ils viennent livrer leurs craintes, leur culpabilité parfois… Ils ont souvent
peur.
Un sentiment dû à l’homop
hobie ?
Tout à fait. En lisant les journaux, on peut parfois tomber sur faits divers effrayant. Par exemple, récemment, un homosexuel a été violemment agressé à Laval. Les parents se disent que leur enfant se met peut-être en danger en s’affichant gay. Ils voient l’homosexualité parfois comme un drame, ou en tout cas, quelque chose de douloureux pour leurs fils ou leur fille. Nous sommes là pour leur donner des informations, les rassurer… Et on leur dit que se découvrir à cet âge-là, sans se cacher, est une bonne chose. Et vivre une histoire d’amour au grand jour est à la plus belle aventure qu
i soit…
Vous encouragez les homosexuels à se «
montrer » ?
Non chacun fait comme il veut, mais je lutte pour qu’une visibilité soit rendue possible dans notre société. L’association a été une manière de « s’affranchir » pour certains. C’est important de se montrer. C’est notre message fort. Le rejet repose souvent sur l’ignorance. En s’assumant totalement, en paraissant dans les journaux, nos adhérents n’ont jamais eu de souci à Alençon, bien a
u contraire.
Les droits des homosexuels vous paraissent-ils justes
aujourd’hui ?
Il y a eu d’énormes progrès de fait. Le premier a été la dépénalisation de l’homosexualité, lors de l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, en 81. Ensuite, il y a eu le fait de ne plus considérer l’homosexualité comme une maladie mentale, ce qui était le cas jusqu’en 1989. Mais nous sommes en retard sur d’autres domaines. Les transsexuels étaient toujours considérés comme malades mentaux, jusqu’au 16 mai dernier ! Date à laquelle la ministre Roselyne Bachelot a annoncé qu’un décret serait publié pour ne plus considérer la transsexualité comme affection psychiatrique. Et nous sommes le premier pays à prendre cette décision. I
l était temps.
Il y a enc
ore du travail…
Oui. Le PACS a été une très bonne chose mais les homosexuels ont encore de nombreux combats à mener. Nous aimerions que le statut de beau parent soit reconnu pour les couples homosexuels. Car actuellement, au niveau de la loi, le conjoint du père ou de la mère n’est absolument rien pour l’enfant. Nous voudrions également rendre possible l’adoption. Aujourd’hui, il faut cacher son homosexualité pour pouvoir le faire, où être célibataire… c’est inadmissible. Autre attente : la procréation médicalement assistée. Actuellement beaucoup de femmes se rendent à l’étranger pour ça, ce devrait être possible chez nous. Nous aimerions aussi que le mariage soit autorisé entre personne de même sexe. Le PACS ne permet pas les mêmes droits en matière de pension de réversion e
t de filiation.
Au niveau local, quelles so
nt vos actions ?
Nous sommes co-organisateurs de la marche des fiertés, c’est-à-dire la lesbian& gay-pride, qui aura lieu le 13 juin prochain à Caen. Une première ! Nous avons la volonté d’être le plus visible possible et d’être un endroit d’échange et de convivialité. Nous serons également mobilisés lors du Sidaction, le 1er décembre.

Propos recueillis par
Émilie JOUVIN


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